L’image de la femme africaine à l’ère de la mondialisation

Cher lecteur,
Je vous annonçais hier que le sujet de mon prochain article serait l’image de la femme africaine à l’ère de la mondialisation. Pourquoi ce sujet me direz-vous? Simplement parce que je suis femme, et que je suis africaine? Et que je ne peux m’empêcher de me poser mille et une questions? Oui, il y a de cela, mais aussi par ce que j’ai un petit coup de gueule à pousser, (et oui, encore un), un grand coup de gueule même. Contre qui? Contre les hommes. ENCORE? Et certaines femmes. Ah, bon. Et pourquoi? Et bien parce j’en ai assez d’entendre dire que la femme africaine est complexée. Oui elle se défrise les cheveux, oui elle se décolore le teint, oh que ce n’est pas bien, hou, hou, hou. Mais, la femme blanche se fait des permanentes pour se faire un afro ou se boucler les cheveux, ou même, « se crêpe » les cheveux pour pouvoir faire tenir son chignon. Elle passe des heures au soleil pour brunir et parfois, franchement carrément brûler, au point de ne plus ressembler qu’à une pomme flétrie. Donc jusque là match nul; mais elle va plus loin: elle se fait gonfler les lèvres pour les rendre pulpeuses et charnues (comme celles d’une africaine) et remonter, cambrer, et galber les fesses avec moult accessoires quand elle n’en a pas les moyens, et jusqu’au scalpel si elle en a les moyens pour ressembler à qui? Devinez… alors, quand il s’agit des occidentales c’est de la futilité, voire de la frivolité, mais pour les africaines, les chantres du complexe sont catégoriques, c’est la double peine qui nous frappe: c’est de la frivolité doublée du complexe de vouloir ressembler aux blanches!!! Mais comme nous venons de le démontrer ci-haut, il me semble que les blanches essayent davantage de nous ressembler que l’inverse. A se demander si ceux qui n’accusent pas si fort ne sont pas les premiers complexés. Mais le teint et les cheveux, parlons-en. Les femmes sont des êtres étranges, qui cherchent par tous les moyens à se distinguer de la masse. Quand dans une population tout le monde est noir, qu’est-ce qui est exotique et sexy? Etre clair pardi! C’est aussi bête que cela, et c’est la raison pour laquelle il y a tant de fausses blondes en Italie. Le défrisage des cheveux: soyons francs: les trois quart de la planète à les cheveux lisses ou presque: les asiatiques, les européens, les américains, les sudaméricains, les océaniens, soit des milliards d’individus, tous (ou toutes) nous narguent avec leurs crinières qui croulent jusqu’aux creux des reins. Faut-il en vouloir aux africaines d’être des moutons de panurge et de vouloir simplement ressembler au modèle de beauté prédominant? L’afro n’est plus à la mode!!! Il faut bien se rendre à l’évidence. Ajoutons à cela que c’est ce modèle de beauté européenne aux cheveux raides qui détient le pouvoir économique, le pouvoir de recherche cosmétique, et, surtout, le pouvoir publicitaire d’imposer son modèle de beauté au reste du monde. La communauté afroaméricaine tente de résister à cette déferlante en créant des produits pas trop mauvais que nous, pauvres africaines, nous nous empressons d’adopter pour tenter de dompter nos chevelures denses et rebelles. Mais quelle est cette part de marché par rapport à celle du marché du cheveu lisse? C’est nous contre les trois quart de la planète je vous dis. Autant dire le combat de David contre Goliath. Alors, à Rome, faisons comme les romains, lissons-nous les cheveux. CQFD. Et le teint me direz-vous, pourquoi cette volonté de se décaper? Est-ce un vraiment un complexe d’infériorité, comme le prétendent certains, un reniement de sa couleur, de son identité? Cher lecteur, l’identité est-elle soluble dans le xessal*? Que nenni. La femme noire ne veut pas devenir culturellement blanche, elle veut sortir de l’ordinaire, elle veut se distinguer de sa voisine de palier, elle veut être sexy et exotique, et comme le teint clair se retrouve naturellement chez nous, de temps en temps, par hasard, dans la population, comme un don de Dieu, comme la blondeur chez les occidentaux, de même que la blondeur est sexy chez eux (voir toutes les bimbos du style Pamela Anderson & co), la « clarté du teint », parce que rare au naturel, est aussi sexy chez nous. Alors de même que les occidentales se décolorent les cheveux, et se bronzent, les africaines se décolorent le teint et se défrisent. Attention, loin de moi l’idée de défendre cette atroce pratique extrêmement dangereuse, cancérigène et de surcroît souvent inesthétique au final. Mon propos vise simplement à décortiquer les motivations et à démontrer qu’au fond, elles ne sont guère différentes de celles qui poussent des millions de femmes (et d’hommes) blancs de peau à s’exposer au soleil pendant des heures sur la plage, en dépit des recommandations et avertissements de tous les dermatologues unanimes pour dire que cette pratique est dangereuse et cancérigène. Ils pensent qu’ils sont plus beaux bronzés. Mais ce qui paraît anodin, voir sophistiqué chez les blancs est frappé d’opprobre et de dessein complexifié chez les blacks soupçonnés d’avoir mal digéré l’esclavage et/ou le colonialisme. A l’ère de la mondialisation, et du brassage de populations, il faut ouvrir les yeux, et se rendre compte que la jeunesse urbaine veut ressembler à ce qu’elle voit à la TV, et ce qu’elle voit ce sont des visages qui ressemblent à la population de demain: un visage ni noir, ni blanc, ni jaune, mais un mélange des trois. Notre modèle traditionnel de société n’est pas le modèle économiquement prédominant, et à acte égal, le nôtre parait toujours dévalorisé! piler le mil les seins nus le long des rizières (bouh, c’est pas civilisé ça, vite, cachez ce sein que je ne saurais voir), mais faire du « topless » à la plage, ça, c’est le summum du raffinement. Cessons de voir du complexe (et du complexé) partout – ou laissons cela aux vrais complexés qui ont toujours des raccourcis et des solutions simplistes puisées dans le rétroviseur de l’histoire – la tâche qui nous incombe: faire prendre conscience de ce « panurgisme débridé », continuer à lutter contre le blanchiment de la peau parce qu’il nuit à la santé et instiller subtilement un nouveau modèle de femme africaine, bien dans sa peau, inspirée de son foisonnement culturel, et bien campée sur le socle de sa plastique naturelle que le monde entier nous envie!
*xessal: vocable utilisé au Sénégal pour désigner le produit employé pour décaper la peau

3 Réponses à “L’image de la femme africaine à l’ère de la mondialisation”

  1. rachat de credit dit :

    Il semble que vous soyez un expert dans ce domaine, vos remarques sont tres interessantes, merci.

    - Daniel

  2. Laure Yav dit :

    Hey Bab,
    Je viens de lire avec une vive attention tes elucubrations! Juste une parenthese, parler du combat de David contre Goliath en sous-entendant que le combat est perdu d’avance pour le plus faible (David) me laisse toujours perplexe car si nous lisons les ecritures, David eh oui le petit david a battu Goliath comme pour con tredire la morale de La Fontaine sur la « raison du plus fort…. En tous les cas, je constate que tu n’as plus ecris depuis Novembre alors,…je t’encourage entre deux escales a te remettre a tes elucubrations

  3. cathy dit :

    En résumé, peu importe notre couleur de peau, on est jamais content de ce que la nature nous a donné!!!

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