Pourquoi je ne suis pas sur Facebook

Cher lecteur,

Je dois être le dernier terrien connecté à internet à ne pas avoir de profil sur Facebook. Pourtant, on ne peut me taxer d’être hermétique aux nouvelles technologies; j’ai fait partie des 60 premiers abonnés à internet de Niamey, et je me souviens de nuits blanches passées à tenter de télécharger un fichier, au temps où la connexion coûtait 50 fcfa la minute!  Oui vous avez bien lu! Et croyez moi, à cette époque, je connaissais le moindre quadrilatère composant la page d’ouverture de session de Yahoo! Car elle nous arrivait au compte goutte….Je ne peux donc pas être taxée de technophobe, ça non. Quoi alors? Bon, peut-être que « Fessebouc », cela ne fait pas trop sérieux comme nom, mais à la limite, c’est rigolo, cela ne peut être cela qui me rebute tant.  Je ne suis pas coincée à ce point cher lecteur. Ce n’est pas cela du tout. Je ne suis pas bas-bleu. En réalité, si je freine des quatre fers, c’est parce que, déjà, je suis un peu anti-phénomène de mode. A l’époque, j’ai refusé d’acheter un iphone, lui préférant un Blackberry, car moins à la mode… Mais nul ne peut le nier, on ne peut échapper à Facebook, FB pour les intimes. J’ai moi-même reconnu son utilité et eu recours à ses services, mais là où je tique, c’est lorsque je me rends compte qu’il n’y a plus de fin à la chaîne des amis. Que le sens du mot « ami » est galvaudé », que la notion de confidentialité est élastique, et surtout, que le temps n’existe plus au Royaume des facebookiens. Le passé n’est plus le passé, le présent se dilate à l’infini et le futur ira puiser dans les deux. Je m’explique.  Ma bonne copine Brigitte a mis une photo de fac sur FB? Un petit jeunot, inconnu au bataillon, que je peux pratiquement mettre au monde, me saute au cou  à Accra, me claque la bise, et me dit: Salut! T’es la copine de fac de Brigitte, promo 1985 de Mons ? Je rêve? Ce petit morpion doit être né bien après 1985, comment sait-il cela? Et bien FB pardi! Est-ce que tout ce petit monde m’a demandé ma permission pour faire irruption dans ma vie, maintenant étalée sur Toile? Pour divulguer ma vie passée, pour conditionner mon avenir, car, dans le cas d’espèce, si j’avais eu une posture quelque peu « olé, olé » sur la photo,  quelle opinion pourrait avoir de moi ce jeune homme. Je dramatise me direz-vous. Bien, que dites vous alors de cela: un beau jour je reçois un mail d’une certaine Christine, me demandant si je suis bien une telle, de telle Université il y a vingt ans, curieuse, je clique sur le lien, et oh miracle, je tombe sur MON PROFIL Facebook, avec ma vraie date de naissance, et 46 amis déjà là installés comme dans leur salon, attendant patiemment mon arrivée… comment FB connait-il ma date de naissance? Mes « amis »? mystère, mystère, mais moi, cela m’a effrayée. Et rebutée. Comme je n’aime pas critiquer sans connaître, il m’arrive de m’aventurer dans les allées facebookiennes, et de flâner pour savoir ce que les inconditionnels y font. Et bien, c’est chouette FB, chacun y raconte sa vie, ses déboires, c’est une sorte d’exutoire moderne. Mais ne croyez pas que l’on fasse de grande littérature, parfois, nul besoin de parler ou d’écrire, il suffit de cliquer sur un pouce levé ou baissé, « j’aime/j’aime pas ». Du temps des romains il y avait « panem et circensem » pour distraire le peuple, de nos jours c’est Facebook@internet. Et ce n’est pas dessus que je pourrai vous servir une telle tranche de prose, cher lecteur. Non, le facebookien de base se contente d’onomatopées, de smileys, de LOL et autres phrases codées. A une époque où les idéaux de socialisme, de communisme et de solidarité sont passés de mode et relégués aux oubliettes, et où la société se complait et se renferme dans un individualisme à tout crin, l’être humain a plus que jamais besoin de son réseau social comme d’un refuge, d’un cocon, d’une drogue pour échapper à la dure réalité de la vie, avec sa cohorte d’amis virtuels que l’on brandit dans les diners ou les cours de récréation comme un trophée; j’ai 245 amis, moi 300, moi 1000!  je suis donc un mec/fille bien! Seul problème, le nombre d’amis virtuels est généralement inversement proportionnel à la vacuité de la vie réelle.  Le retour sur terre, avec les vraies amitiés, la chaleur humaine, et les amis authentiques, ceux qui ne s’effacent pas d’un coup de clic, c’est pour quand?

8 Réponses à “Pourquoi je ne suis pas sur Facebook”

  1. Ochozias dit :

    Hé Dada!

    Intéressant ton article!
    Moi mon épouse connait aujourd’hui le visage de toutes les filles qu’elle soupçonnait de me tourner autour ou inversement! Grâce à Facebook…Tu comprend que j’apprécie particulièrement ta remarque sur la vie privée…Le positif quand même dans tout cela c’est qu’elle a été si traumatisé par le profil de l’une des petites, burkinabè et quasi anorexique (et fière de l’être) qu’elle s’est mise résolument au sport pour améliorer sa ligne et surtout sa santé (le plus important). En deux semaines elle a fait autant de séance de gym que toute l’année 2010…
    Et plus sérieusement que dirais-tu du rôle que FESSEBOUC et TWITTER ont joué dans la révolution du jasmin et peut être dans celle des pharaons?

    Une nouvelle version de ton papier est attendu….
    Merci…
    Ochozias GBAGUIDI
    Ancien de UNECA WA, actuellement à UNECA NA

  2. Hello Ochozias,
    Désolée d’avoir mis si longtemps à répondre. Je suis débordée par les contingences et le tourbillon de la vie moderne qui ne me laissent plus une mn pour me livrer à mon violon d’ingre favori, l’écriture; mais je promets de revenir très vite, tu n’es pas le seul à réclamer. Comment cela se passe dans ton nouveau poste? a bientôt, EK

  3. xlaudia dit :

    eh oui, la curiosité m’a poussée à cliquer sur l’adresse et je m’en réjouis :-)
    c’est le sentiment que j’éprouve lorsque je découvre le premier livre d’un/e auteur/e, que sa prose me plaît et que je me réjouis de lire les autres que je ne connais pas encore hé hé

  4. Salut Claudia,
    Contente de te lire! Mes lecteurs me réclament à cor et à cris… c’est vrai que je dois m’y remettre, mais j’ai été happée par le tourbillon de la vie moderne. Mais promis, j’ai toute une liste de thèmes et coups de gueule divers et variés, et ça me démange déjà de reprendre la plume pour « clavarder » (bavarder par clavier interposé » alors, surveille mon blog, suite au prochain épisode…

  5. Jose Nyimi dit :

    Hello Tantie Babette! (eh oui, à Niamey tout le monde est Tantie …lol)

    Nous commençons à perdre patience là … à quand les prochaines élucubrations???

    Take care et à bientôt!

    JN

  6. Tonton José,
    Tu as mille fois raison, et Dieu sait qu’il y a une foultitude de sujets qui me démangent, mais le temps qui me file entre les doigts…. d’ailleurs le thème de mon prochain article, watch it! bisous, vous me manquez trop

  7. carmo calheiros dit :

    chère Elizabet, tout a fait d’accord avec ton texte sur FB. Moi non plus, je ne suis pas sur Feicibuqui (comme disent les brésiliens) l’usage indistinct du mot ami a toujours eu l’effet d’une barrière.
    carmo

  8. Feza dit :

    Hello Babette,
    Le week-end dernier, nous avons fait la fête, jusqu’au bout de la nuit et j’ai découvert une ville, Niamey et surtout une infime partie des 15 millions de nigériens, chameaux compris!
    Et la, je découvre ton blog.
    Comme tous les autres, j’attends avec impatience, ton prochain coup de gueule.
    Tes réflexions méritent l’intérêt de tous!
    Chaleureues bises de mon hivernale et froide Belgique,
    Feza

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